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Le Télégramme / Béatrice Verstraete

dimanche 7 avril 2002

Une Skipper à part

caseneuve telegramme 20020407 - 53.3 ko

Titre : Anne Caseneuve, une skipper à part dans une catégorie à part

Chapeau : Le cheveu rouge et l'iris vert, Anne Caseneuve, 37 ans, n'est pas une navigatrice comme une autre. Aventurière, elle a choisi une catégorie à part, les 50 pieds, pour courir les océans. Monitrice de voile, responsable d'une école sur l'île aux Moines, la Morbihannaise voyage - parfois à l'aveugle - dans le monde de la voile, avec un parfum d'Afrique sur les lèvres. Avant la Route du Rhum, elle va se lancer à l'assaut d'un record. Portrait d'une femme, pieds nus et cheveux au vent.

Texte : D'emblée, Anne reconnaît appartenir à cet espèce d'aventurier assez indépendant, qu'un hiver en retrait ne saurait déranger. Depuis quelques mois, elle a mis entre parenthèses ses activités de convoyage et de croisières pour se préparer des semaines à sensations fortes. C'est à Arradon qu'elle passe ses derniers jours en compagnie de ses enfants, avant de prendre le large, direction l'Atlantique. Un galop d'essai avec son nouveau trimaran, construit de main de maître par son compagnon et comparse de transat, Christophe Houdet. Revenons quelques années en arrière, lorsque Anne est encore une enfant. Elle grandit en Afrique avec ses parents. " Mon père était ingénieur en bâtiment. C'est grâce à lui qu'on a pu vivre, ma s\234ur et moi, si longtemps en Afrique ". Des moments inoubliables au Zaïre, au Gabon et au Sénégal. " On nageait avec les crocodiles dans le fleuve Zaïre.Le but du jeu, c'était de traverser le plus vite possible jusqu'à la rive opposée, avant que les crocodiles ne nous rattrapent ". Dans la gorge d'Anne, les mots résonnent au sondes tamtams. " Entre copains, nous partions en brousse, avec une vingtaine de chevaux et cinq Land-rover. Nous campions au bord du fleuve, avec les moustiquaires... C'est dans la brousse que j'ai mes meilleurs souvenirs. Dans les villages, on allait chez les oncles et tantes participer aux rites, dans la case, accroupis à une quinzaine autour d'un plat.

Intertitre : Souvenir de brousse C'est aussi sur le continent africain que la Bretonne fait sa première sortie en mer. Sur un requin de 8 mètres, à l'âge de huit ans, avec Papa. En France le temps des vacances,Anne, 7 ans, fait un premier stage de voile sur la plage des Gorets, à l'île aux Moines (Morbihan). Chaque été, elle renouvelle ce nouveau plaisir. Jusqu'à ses 15 ans où elle revient vivre en France. L'année de ses 17 ans, Anne traverse l'Atlantique. Une première pour la jeune femme. Dans la foulée, elle crée aussi une école de voile avec son compagnon, Christophe. Très vite, les allers et retours sur l'eau s'enchaînent. Pour le plaisir d'abord. Pour le boulot ensuite. L'hiver, elle convoie des catamarans entre la France, les Antilles, le Sénégal ou le Brésil. L'été, elle jongle entre l'école de voile sur l'Ile aux Moines, des sorties en mer sur un catamaran de 17 mètres, et sa famille. Mais chez les Caseneuve, la mer est un contagieux virus. Ses deux enfants y prennent vite goût, et marquent les compétitions de leur nom.

Intertitre : Première Route en 1998 En 1998, Anne prend la décision d'être au départ de la route du Rhum. En multicoque. Elle est, cette année-là, la seule femme à courir dans cette catégorie de bateaux. Pourquoi cette course ? " C'est un parcours que je connais bien ", répond Anne. " J'avais déjà fait six traversées de l'Atlantique. Et puis, j'avais tout simplement envie de me lancer dans le solo. J'ai trouvé mon bateau un mois avant le départ, tout comme le sponsor ". Un 50 pieds aux couleurs d'Armor Lux, qu'Anne emmène jusqu'à la ligne d'arrivée, en Guadeloupe. " J'ai fini 3e de ma catégorie (50 pieds) ". Au général, Anne finit 24e sur 35. " J'ai laissé onze messieurs derrière moi ", rit-elle. Marin, Anne pratique la planche à voile, la régate, le catamaran de sport... et les réparations de fortune sur ses bateaux. Autant d'activités qui lui permettent de garder une condition physique de sportive. Lorsqu'elle revient de convoyage, Anne multiplie aussi les séances de piscine et de musculation. Et aussi, malgré elle, un peu de paperasserie pour l'école de voile. Ou la recherche de nouveaux sponsors, pour de futures courses...

Intertitre : Poursuivre en 50 pieds Anne ne compte pas en rester là. Après la Route du Rhum, elle tente de participer à la Jacques Vabre. Finalement, elle ne partira pas. En 2000, elle effectue la transat Québec Saint-Malo sur un 50 pieds, en équipage. Anne n'en démord pas, c'est sur un multicoque de 50 pieds sur lequel elle veut naviguer. Seulement voilà. Le 50 pieds est une catégorie à part. " Elle n'est pas en vogue, c'est dur de faire sortir ces bateaux. Notre but, à tous les skippers de 50 pieds, c'est d'essayer de sortir du chemin des 60 pieds, et organiser de nouvelles courses pour les 50 ! " Voilà qui s'apparente plus à de l'aventure qu'à de la course. A moins que nous ne revenions à l'essence même des courses au large... Le multicoque de 50 pieds semble être une spécificité française. " Les autres nations ne nous ont pas suivis pour l'instant... " Parmi les signes distinctifs des 60 pieds, Anne note qu'un 50 pieds est un peu plus facile à man\234uvrer, car moins toilé. Mais la grande différence tient surtout au coût de tels bateaux. " Tous les gens qui ont un 50 pieds sont propriétaires de leurs bateaux, alors que la plupart des 60 pieds appartiennent aux sponsors. C'est un budget beaucoup plus élevé dans cette catégorie. Elle est donc moins ouverte. Je trouve le challenge à relever beaucoup plus fort et intéressant en 50 pieds ".

Intertitre : Budget astronomique Pour illustrer son propos, Anne avance quelques chiffres à vous faire tourner la tête. " Il faut compter 13 millions de FF (près de deux millions d'euros) pour un 60 pieds. Ce sont les F1 des mers, avec des matériaux ultralight et ultra modernes. Soit trois fois plus qu'un bon trimaran en 50 pieds. Le budget de fonctionnement pour un saison de course (soit deux courses) en 50 pieds est de 800 000 FF (122 000 euros). Il est de 5 millions de FF (760 000 euros) pour un 60 pieds. Tenez, sur ces bateaux, les voiles sont en carbone. Celles de mon trimaran sont soit en kevlar, soit en spectra ". Avec son nouveau bateau, Anne a réalisé un premier rêve. " C'est un bateau comme je voulais, comme j'avais en tête ". De toute façon, quoi qu'on dise, Anne ne s'imagine pas sur autre chose qu'un 50 pieds. " C'est le bateau sur lequel j'ai flashé, un qui vaille vraiment le coup, il y a un super challenge. Avec, on veut faire des courses hauturières, au large, et non des grand prix ou des régates au large des côtes ". Le seul bémol que la skipper émet est celui-ci : " Oui, être une femme, ça aide pour trouver des sponsors. Maispas quand on est en 50 pieds ". D'où le challenge.

Intertitre : Record New-York / Cap Lizard En novembre prochain, Anne sera au départ de la Route du Rhum. Avec Lui, affublé du nom de tous ses sponsors. D'ici-là, la Bretonne va tenter un record, celui de la traversée New York / Cap Lizard (Grande-Bretagne). " Le parcours représente 2900 miles en route directe, mais cela ne sera pas forcément le chemin que je vais suivre. Quant au départ, il va dépendre de la météo. J'attends le top départ des routeurs. A ce jour, personne n'a ce record solitaire féminin ", conclut la skipper.

Encadré : Les caractéristiques de Lui Sur sa carte d'identité, le trimaran d'Anne Caseneuve s'appelle " Lui ". Il s'apparente à la catégorie des 50 pieds, soit 15,24 m de long, pour 13,70 m de large. Son mât fait 20mètres de haut. Au près, la surface du bateau est de 160 m2. " Nous avons choisi de construire le trimaran, faute d'en trouver des performants comme on le voulait sur le marché.J'ai injecté mes finances personnelles dans la plate-forme du bateau. Autrement dit, la plate-forme nous appartient. Le sponsoring nous aide à payer le mat, l'électronique et les voiles ". Anne a ainsi racheté les flotteurs du trimaran Groupama. " Jacques Mitchell et Christophe Houdet ont fait l'assemblage des bras sur les flotteurs et la coque centrale, dans un chantier à Hennebont (Morbihan). " Jacques est architecte naval. Christophe, lui, a construit cinq bateaux de course, dont Haute-Normandie et Banque Populaire ". Après plus d'un an de travail, Anne et son équipe ont finalement bouclé le budget du bateau. Un sponsor principal et cinq partenaires se sont d'ores et déjà mêlés à l'aventure.




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